Affiche « D’abord, nous pensons  être libres » d’Emmanuelle Pagano

Affiche Emmanuelle Pagano et Michel Roty

D’abord, nous pensons être libres

texte d’Emmanuelle Pagano et peinture de  Michel Roty

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Information Complémentaire

Poids 150 g
Dimensions 120 x 176 cm
Date de parution

01/12/2016

ISBN

979-10-91604-02-4

Contributeur

Michel Roty

Collection

Affiches Littératures Publiques

Description du produit

D’abord, nous pensons être libres

« Cette affiche est un « extrait de vie » : 48 peintures ou esquisses dans lesquelles se glisse le regard et s’insinuent 448 mots. Elle est née d’une réflexion commune, autour de la quête infinie de l’artiste. Une quête qui l’amène à créer sans cesse, lui donnant la sensation d’avoir un corps-machine, une machine à produire, produire en remplissant la page blanche, en accumulant les oeuvres, produire jusqu’à l’effacement de soi. » Emmanuelle Pagano et Michel Roty.

Emmanuelle Pagano, écrivain. Pensionnaire à la Villa Médicis (avril 2013 – septembre 2014), ses romans sont publiés pour la plupart chez P.O.L.

Les œuvres de Michel Roty réunissent, en un tout cohérent, plusieurs strates de sens et plusieurs niveaux de lectures, enfermant dans leur matière les traces d’un temps enfoui – d’un temps fossile.

sérigraphie sur papier 150 g.
format 120 x 176 cm.

texte de l’affiche

    D’abord, nous pensons être libres. Délivrés de la routine abrutissante, du poids des traditions, des injonctions familiales, des normes sociales et de l’ennui dans lequel nous regardons avec mépris les autres bêtement se complaire.
Nous croyons être maîtres de tout, de notre temps, de notre espace, de nos idées. Nous sélectionnons nos outils, crayons, pinceaux, stylos, burins, ciseaux, ordinateurs, nous sommes persuadés d’être supérieurs, d’avoir choisi notre métier, le métier hors normes de créer, et même, pour les plus ingénus d’entre nous, d’avoir été choisis.
Lorsque nous comprenons que ce métier extra-ordinaire est encore plus aliénant que les autres, il est trop tard : nos corps sont déjà devenus des machines à son service, des corps producteurs de gestes imposés et de pensées orientées, des pensées toujours en attente, sur le qui-vive, dans une veille documentaire parfois enjouée, rarement roborative, le plus souvent exténuante et en vain. L’emprise de la création nous interdit de regarder la mer, ou n’importe quel paysage, les arbres, les gens, les objets, sans se demander comment les rendre, les représenter : elle nous vole les embruns, les sourires, les couleurs, les bruits, elle nous emprunte tous nos regards, nos rencontres, nos histoires, nos vies, elle ne nous rend rien, ou si peu. Nous, nous sommes toujours tenus de rendre, restituer tout ce qui nous touche, nous occupe, nous bouleverse. Elle nous intime de mettre de l’ordre dans le monde, ce monde auquel nous n’avons plus directement accès, auquel peut-être nous n’avons jamais réellement eu accès, et dont nous ne sommes que des instruments de perception. Nous comprenons que depuis longtemps déjà nous sommes seuls, en retrait : nous ne pouvions pas faire autrement qu’essayer de représenter ce monde qui se dérobait depuis l’enfance, ce monde qui nous échappe encore, nous n’avons pas choisi d’écrire ou de peindre.
Nous avons quitté nos corps ordinaires, nos corps de femmes et d’hommes vivants, aimants et protégés, pour revêtir un corset défaillant, lourd à porter et pourtant fragile et poreux. Nous ne ressentons plus ce qui vient de nous, ce qui est en nous, ni joie ni souffrance ni fatigue, ni même ce qui vient à nous, vers nous. Mais nous sommes devenus perméables à tout ce qui se passe autour de nous, nous recueillons, absorbons les ressentis et les perceptions des autres comme si c’étaient les nôtres. Nous sommes traversés, envahis.
Nous aimerions maintenant devenir comme tout un chacun, ce tout un chacun que nous méprisions, aller au travail et, le soir venu, rentrer à la maison, à l’abri, passer des soirées en amoureux, en famille, entre amis, mais nous sommes toujours seuls, et nous ne revenons jamais du travail de créer.