Coller le monde

Depuis vingt ans, Hubert Lucot, écrivain, produit des collages à partir exclusivement de magazines (Télérama…) et de journaux gratuits. Ces oeuvres sont des charges ironiques et percutantes contre le monde médiatique, le pouvoir politique et économique, l’imaginaire dévoyé. Contre cette crise qui est aussi « un accroissement dément ». Des images détournées s’allient à des légendes saugrenues, renforçant l’effet de dénonciation. La réalité se transforme en chimère absurde, produisant – l’auteur le souhaite – un choc salutaire.
Il joue la carte de l’effondrement des mises en scène pour construire un nouvel espace plastique, d’une densité grave. Ses images sont contre les représentations que nous propose l’actualité, contre les fictions faciles et les spectacles dérisoires.
Le décalage obtenu nous touche. Il faut rire en voyant, en lisant, les collages d’Hubert Lucot.
Ce travail participe d’une écriture des images : en effet, l’auteur est un passionné de cinéma, avec ces plans et ces cadrages, les zooms et les mouvements de caméra. Ses collages étonnants condensent des multitudes de films à venir, un certain regard influencé probablement par son père, réalisateur et scénariste de profession.
Il invente des formes saisissantes mêlant figuration et abstraction, transforme souvent la figuration en abstraction, et il montre très bien le passage de l’un à l’autre.
Il est aussi ce coloriste qui sait faire parler la poudre et le pigment, au rythme du présent et de ces manipulations.